Vers la construction d’un Dostoïevski monophonique. Hétéroglossies et langage écorché dans les traductions néerlandaises d’avant-guerre des œuvres de Dostoïevski

Afbeelding1. La notion d’ « hétérolinguisme »

Si en contraste violent avec les années 1980, de nos jours l’hétérolinguisme littéraire se consolide en tant qu’objet de recherche, c’est en grande mesure grâce à la traductologie et aux études postcoloniales – deux domaines relativement neufs qui se veulent fort critiques vis-à-vis du paradigme romantique des cultures dites nationales. Le « tournant culturel » ayant discrédité cette logique monolingue (Meylaerts 2006 : 1), d’autres facteurs moins généraux ont également contribué à l’intérêt actuel pour l’hétérolinguisme. Grutman et Delabastita (2005 : 11) mentionnent par exemple l’étude de Deleuze et Guattari sur le pouvoir déterritorialisant de la langue, ainsi que la fameuse critique de Bachtin[1] sur les tendances monologiques et monoglossiques de la pensée occidentale.

L’hétérolinguisme, tout en étant maintenant un objet de recherche légitime, les nombreux auteurs qui en traitent n’ont cependant pas réussi à établir un consensus terminologique. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les résumés du colloque « La traduction dans les cultures plurilingues »[2] pour comprendre que les termes – si, faute de consensus, des termes proprement dits il y a – varient principalement entre « plurilinguisme », « multilinguisme » et « hétérolinguisme ». De plus, leur interprétation est souvent laissée au lecteur. Si, par contre, une définition est donnée, il s’agit dans la plupart des cas d’une conception tellement flexible, que le flou épistémologique persiste.

Grutman (1997 : 37), par exemple, entend l’hétérolinguisme comme « la présence dans un texte d’idiomes étrangers, sous quelque forme que ce soit, aussi bien que de variétés (sociales, régionales ou chronologiques) de la langue principale ». S’appuyant sur cette définition, Grutman et Delabastita (2005 : 15) plaident pour une notion ouverte de multilingualism, qui va de pair avec une notion radicalement ouverte du terme anglais language. Celui-ci ne signifie plus uniquement « a diyalekt mit an armey un a flot »[3] (Weinreich 1945 : 13), mais aussi « the incredible range of subtypes and varieties existing within the various officially recognised languages » (Grutman & Delabastita 2005: 15).

Certes, une définition aussi flexible peut avoir des avantages sur le plan théorique, notamment parce qu’elle permet de relativiser la taxinomie officielle des langues. Toutefois, si l’on veut repérer des « hétéroglossies » – soit des unités d’hétérolinguisme – dans un texte littéraire donné, il est pratique d’en avoir une notion plus stricte. Sinon, on risque de traiter en égaux des phénomènes littéraires qui formellement et fonctionnellement ont peu en commun. Aussi faut-il réaliser que la stratification interne d’une langue est un continu dynamique. La variation entre le langage standard et d’autres langages est donc difficile, voire impossible, à mesurer. Voilà pourquoi dans une étude empirique il vaut peut-être mieux de faire, comme Vlachov et Florin (1986), la nette distinction entre, d’une part, hétéroglossies, qui ne concernent alors que les langues soi-disant officielles, et, d’autre part, langages non-standards, comme le langage vernaculaire, le dialecte, l’argot et les langages déformés tels que le langage de l’enfant ou celui des immigrés. Dans cet article, l’hétérolinguisme est donc exclusivement conçu comme la présence dans un texte littéraire de mots, syntagmes ou phrases dans une autre langue  « officielle » que la langue dominante du texte.[4]

2. Hétérolinguisme et langage écorché chez Dostoïevski 

2.1. L’hétérolinguisme russe dans son aspect formel : Dostoïevski par opposition à Tolstoï

Le fait que les théoriciens bulgares Vlachov et Florin (1986 : 332-343), écrivant leur manuel de traductologie appliquée en russe, de nombreuses illustrations de la littérature russe à l’appui, prêtent tant d’attention à l’hétérolinguisme, n’est pas une simple coïncidence. En effet, ce phénomène littéraire est une importante caractéristique de la littérature russe dite réaliste, qui dès la fin du XIXe siècle a exercé une forte influence non seulement sur les littératures slaves, mais aussi sur les modèles littéraires occidentaux. Prenons comme exemple les premières lignes de Guerre et paix de L.N. Tolstoï (1937 : 3), une épopée qui appartient désormais à la littérature universelle :

– Eh bien, mon prince. Gênes et Lucques ne sont plus que des apanages, des поместья, de la famille Buonaparte. Non, je vous préviens que si vous ne me dites pas que nous avons la guerre, si vous vous permettez encore de pallier toutes les infamies, toutes les atrocités de cet Antichrist (ma parole, j’y crois) – je ne vous connais plus, vous n’êtes plus mon ami, vous n’êtes plus мой верный раб, comme vous dites.

 On dirait un roman français, ne fût-ce que cette impression est visuellement dérangée par  « поместья » et « мой верный раб ». Malgré l’alphabet cyrillique, ces mots russes sont tranquillement imbriqués dans le discours, ce qui indique que, pour le locuteur et ses interlocuteurs, le français et le russe ont tous les deux le statut de langues de communication.

Dans le contexte de la littérature russe classique, l’emploi du français chez Tolstoï est à la fois typique et exceptionnel. D’une part il est typique, parce que les hétéroglossies françaises reflètent tout d’abord le bilinguisme de fait de la haute société russe des XVIIIe et XIXe siècles, comme c’est le cas chez de nombreux autres auteurs russes, à commencer par Pouchkine. Téléchova (2000 : 269) indique que l’emploi de mots français et de locutions françaises dans les œuvres russes a duré près d’un siècle. Que ce procédé soit étroitement lié à la poétique du roman russe réaliste, est affirmé par Polianskaïa (2000 : 264), disant que « le principe essentiel de l’emploi du français est celui de l’historisme littéraire qui est devenu la base de la méthode et du style réaliste de la littérature russe ». D’autre part, l’emploi du français est exceptionnel chez Tolstoï, puisqu’il lui accorde un rôle tellement important. C’est que le lecteur de Guerre et paix se voit fréquemment confronté à des phrases, des paragraphes, parfois même des pages entières écrites en français, langue étrangère qui, comme Polianskaia (2000 : 265) l’indique, occupe seulement en alphabet latin 2,5% de tout le texte.

Les hétéroglossies sont aussi amplement présentes dans les œuvres de F.M. Dostoïevski, surtout dans ses romans écrits après son exil en Sibérie, dont les personnages sont en général plus intellectuels et donc plus polyglottes que les personnages de son œuvre pré-sibérienne. A l’opposé de Tolstoï, les hétéroglossies dostoïevskiennes n’excèdent que très rarement l’ampleur d’une seule phrase, et jamais l’ampleur d’un paragraphe. Cependant, Dostoïevski fait appel à une variété de langues beaucoup plus grande. Le plus souvent il s’agit du français, mais il y a aussi des syntagmes et des mots en allemand, en latin, en italien, en anglais, en polonais, en ukrainien et même en lesghien et en tartare. Cette grande variété d’hétéroglossies contribue substantiellement à la « polyphonie », qui selon Bachtin (1963) fait l’originalité et la quintessence de l’art poétique de Dostoïevski.

Chez Dostoïevski, comme chez d’autres auteurs russes, les hétéroglossies sont, règle générale, rendues dans l’alphabet original de la langue concernée, c’est-à-dire en alphabet latin. Par conséquent, le contraste typographique entre le cyrillique et l’alphabet latin saute aux yeux et surprend le lecteur. Exceptionnellement, Dostoïevski transcrit ses hétéroglossies en cyrillique, ce qui provoque un effet doublement surprenant : les éléments en question n’appartiennent alors ni tout à fait à la langue à laquelle ils sont empruntés, ni tout à fait à la langue dominante du texte littéraire. Elles n’appartiennent qu’au langage du personnage qui les prononce. Ceci vaut d’autant plus pour l’emploi de mots français transcrits en russe avec des terminaisons russes, dont l’on trouve de nombreux exemples chez Dostoïevski (Téléchova 2000 : 269). Qu’on pense, par exemple, au verbe « фраппировать », qui est composé d’une racine dérivée de « frapper » et d’une terminaison verbale russe. Il faut noter que ce procédé est plutôt rare dans la littérature russe ; comme le laisse croire la définition de l’hétérolinguisme de Vlachov et Florin (1986 : 333), les hétéroglossies y sont en général privées de modifications morphologiques ou syntaxiques.

La remarquable tolérance du public russe du XIXe siècle envers l’emploi de l’alphabet latin se comprend par le fait historique qu’avant l’invasion napoléonienne, le français constituait la langue de communication privilégiée de la haute noblesse russe. Téléchova (2000 : 270) précise que le français est resté d’une influence prépondérante en Russie jusqu’à la deuxième moitié du XIXe siècle. Pour les lecteurs instruits, la méconnaissance du français  fut cependant considérée comme barbare jusqu’au coup d’Etat bolcheviste de 1917. Ceci explique aussi pourquoi Dostoïevski enchâssait ses hétéroglossies françaises sans traduction, ni dans le texte, ni dans une note éventuelle. Dans les éditions ultérieures, les hétéroglossies ont été traduites par les éditeurs dans des notes en bas de page. Comme le notent Vlachov et Florin (1986 : 340), Tolstoï, par contre, traduisait lui-même ses hétéroglossies françaises en russe, sans doute parce qu’il visait  un lectorat plus vaste que l’élite intellectuelle contemporaine.

Etant donné que, dans le roman réaliste russe, la vaste majorité des hétéroglossies  a pour but de mettre en évidence la connaissance des langues des personnages russes ou l’appartenance  de tel personnage à  telle communauté linguistique, il n’est pas surprenant de constater que l’hétérolinguisme se situe principalement au niveau du discours direct et du discours indirect libre. Chez Dostoïevski, des hétéroglossies apparaissent aussi, fût-ce dans une moindre mesure, dans le texte du narrateur, qui souvent est lui-même un personnage actif.

Tandis que Tolstoï va parfois  jusqu’à citer ses personnages entièrement en français, Dostoïevski fait plus appel à l’imagination du lecteur. Chez lui, quelques phrases en français, stratégiquement insérées, suffisent pour suggérer que tout le discours direct, pourtant partiellement rendu en russe, a été prononcé en français dans son entièreté. Que l’on pense par exemple au discours direct de mademoiselle Blanche dans Le joueur (Dostoïevski 1973 V: 301-302) :

– Eh bien, que feras-tu, si je te prends avec? Во-первых, je veux cinquante mille francs. Ты мне их отдашь во Франкфурте. Nous allons à Paris; там мы живем вместе et je te ferai voir des étoiles en plein jour. Ты увидишь таких женщин, каких ты никогда не видывал. Слушай…[5]

Le joueur est bourré d’hétéroglossies. La raison en est triple: le roman se déroule hors de Russie, surtout en Allemagne ; les personnages russes appartiennent à la noblesse ou à son entourage, et parmi les principaux personnages, il y un Français, deux Françaises et un Anglais. La lingua franca privilégiée de cette compagnie est le français. Il est donc logique que dans ce roman, la technique hétérolinguistique de Dostoïevski s’avère particulièrement sophistiquée. Par exemple, il suggère qu’un personnage, soi-disant parlant en français, prononce des mots en russe. Cette suggestion est invoquée par l’emploi d’un article français, suivi de la transcription à la française du mot russe en question : « Я, конечно, ‘un outchitel’ и никогда не претендовал на честь быть близким другом этого дома »[6] (Dostoevskij 1973 V : 240). Le contraste typographique renversé, c’est-à-dire le fait que dans cet exemple le français imaginé est rendu en caractères cyrilliques, tandis que le mot russe est suggéré par des caractères latins, crée une nuance ironique.

2.2. Fonctions littéraires

La création d’ironie au niveau du rapport entre le narrateur et le lecteur est en effet une très importante fonction littéraire des hétéroglossies dostoïevskiennes, mais celles-ci en assument encore bien d’autres : elles renforcent la vraisemblance du narratif en donnant de la couleur locale au texte et, aspect plus important, elles dynamisent le discours et singularisent le caractère des personnages ayant la parole. D’une façon plus particulière, l’emploi du français ou du latin peut être la manifestation d’une attitude ironique, d’érudition, de noblesse, de snobisme ou de pédanterie. L’emploi du français et de l’anglais peuvent aussi indiquer que le personnage en question est tout simplement Français ou Anglais, ou qu’il s’est engagé dans une conversation avec un francophone ou un anglophone. Une hétéroglossie en italien témoigne d’une bonne éducation culturelle. L’allemand, le polonais, l’ukrainien et le tartare sont, par contre, plutôt utilisés pour caractériser le discours de personnages respectivement (russo-)allemands, polonais, ukrainiens et tartares.

2.3.  Un russe écorché

Dans le cas fréquent où Dostoïevski porte à la scène des personnages considérés « étrangers » – des Polonais, des Ukrainiens, ainsi que des minorités ethniques telles que des Russo-Allemands ou des Juifs –, l’hétérolinguisme dans le sens strict du terme va souvent de pair avec la suggestion satirique d’une maîtrise aberrante de la langue russe, qui se réalise par des violations de règles grammaticales et par des anomalies d’orthographe. Evidemment, ces violations se déroulent en fonction de la langue maternelle des personnages en question.

Une illustration de ce procédé est le langage semi-russe, semi-ukrainien du personnage juif Isaï Fomitch Boumstein dans Notes de la maison des morts. Traité de Juif galeux, il se défend en disant « Нехай буде такочки. Хоть пархатый, да богатый; гроши ма »[7] (Dostoïevski 1973 IV: 94). Bien que ce langage slave soit compréhensible pour le lecteur russe, il est loin du russe proprement dit. Ce sont surtout les formes verbales qui en sont la cause.

Un procédé semblable s’observe à un stade plus avancé dans le roman Humiliés et offensés. Au premier chapitre, le protagoniste russe entre dans une brasserie tenue par un Russo-Allemand. Les consommateurs, eux aussi, sont pour la majorité des Russo-Allemands. Tels quels, ils sont facilement reconnaissables par le truchement de leur langage, qui est un russe tripatouillé et entremêlé d’hétéroglossies allemandes rendues soit en alphabet latin, soit en cyrillique – parfois les deux dans une seule phrase. A l’exploitant de la brasserie, Dostoïevski (1973 III : 174) attribue par exemple ces paroles: « Aber, гер Шульц очень просил вас прилежно не взирайт на него ».[8] L’accent allemand est suggéré par de nombreuses mutations consonantiques, qui lors d’une analyse s’avèrent quasiment systématiques. Aussi est-il que certains mots russes sont déformés au-delà de leur caractère reconnaissable. L’on pense par exemple au mot russe « чучела » [tchoutchela], qui dans la prononciation russo-allemande devient « шушель » [chouchel]. L’impéritie allemande de parler un russe approprié implique aussi la grammaire russe, dont les règles de conjugaison et déclinaison sont violées de façon flagrante.

Pour bien comprendre la fonction littéraire du langage écorché russe entrelardé d’hétéroglossies, il faut réaliser que c’est seulement un procédé parmi toute une gamme que Dostoïevski, notoirement xénophobe, met en œuvre pour faire de ses personnages étrangers l’objet d’une satire virulente. Pour autant que les Russo-Allemands sont concernés, leur sont imposés non seulement un langage ridicule, mais aussi une apparence caricaturale, des noms drolatiques, une personnalité peu aimable et une conduite socialement inappropriée qui mène à des situations grotesques. En plus, le narrateur énonce des généralisations ainsi que des stéréotypes négatifs à propos de la nature allemande.

Certes, comme Bachtin (1963) l’a démontré avec conviction, Dostoïevski s’est inventé une poétique romanesque à part, selon laquelle les personnages s’émancipent en parlant non pas le langage du narrateur, mais un langage à eux. A ce jeu polyphonique, les maintes hétéroglossies ainsi que l’écorchement du russe participent de façon fondamentale. Cependant, il faut aussi relativiser l’originalité du style discursif de Dostoïevski. Ainsi peut-on noter que dans la littérature russe classique, il n’est pas le premier, ni le seul à se moquer des Allemands (entre autres) en recourant à un langage baragouiné ; il s’agit là d’une tradition d’images qui a commencé avec Fonvizine, le célèbre auteur de théâtre du dix-huitième siècle, en passant par Pouchkine et Gogol.[9]

3. Options du traducteur face à l’hétérolinguisme et au langage écorché

3.1. Traduire l’hétérolinguisme : maintenance ou naturalisation ?

Face à des hétéroglossies dans un texte russe, le traducteur peut mettre en œuvre grosso modo sept procédés différents de traduction. Il va sans dire que ces procédés n’atteignent pas tous au même degré d’adéquation. Néanmoins, la liste suivante, qui est le résultat d’une étude descriptive, ne vise nullement à recommander tel ou tel procédé en général. Après tout, c’est en fonction d’un grand nombre de variables,  tels l’effet littéraire, le genre, le lectorat visé, ainsi que la position du texte et de l’auteur dans la littérature-cible, que le traducteur décide dans quelle mesure une hétéroglossie doit être préservée telle quelle.

Les procédés (1), (2) et (3) préservent l’hétérolinguisme littéralement, (4) et (5) visent respectivement la modification de l’hétéroglossie et la suggestion d’hétérolinguisme, et (6) et (7) entraînent sa neutralisation totale. Il faut noter que cette liste ne prétend pas à l’exhaustivité ; il ne s’agit que des procédés trouvés dans un corpus de recherche composé de deux douzaines de traductions allemandes, françaises et néerlandaises de Dostoïevski publiées avant 1914. Les exemples avec lesquels les procédés sont illustrés, sont tous repris de ce corpus.

(1) Si l’adéquation la plus haute est visée, il s’impose de littéralement reprendre l’hétéroglossie telle qu’elle est présente dans le texte-source. (1a) S’il y a un contraste alphabétique et donc typographique dans l’original entre la langue dominante et l’hétéroglossie, le traducteur peut opter pour sa préservation en recourant à une écriture différente. Ecrivant en caractères gothiques, les traducteurs allemands de Dostoïevski du dix-neuvième siècle pouvaient parfaitement conserver le contraste typographique entre les caractères cyrilliques et romains en le transformant dans un contraste typographique entre les caractères gothiques et romains :

Чтобы помогать,  надо  сначала  право  такое иметь, не то: “Crevez chiens, si vous n’êtes pas contents!” (Dostoïevski 1973 VI : 174) Um zu helfen, muss man zuvor ein gewisses Recht haben, und hat man das nicht, nun dann[10]: “Crevez, chiens si vous n’êtes pas contents!” (Dostojewskij 1882 II : 56)

(1b) Si l’écriture de la langue-cible est la même que celle de l’hétéroglossie du texte-source, le traducteur peut néanmoins reproduire le contraste typographique original en se servant des caractères italiques, espacement entre les caractères, petites capitales ou une autre police. D’une part, ce procédé conserve le caractère marquant de l’hétéroglossie. D’autre part, cette facticité tient l’insertion hétérolinguistique plus à distance que le contraste typographique naturel le fait au sein du texte-source. Dans l’exemple suivant, le traducteur néerlandais de Crime et châtiment, traduisant de l’allemand, a reproduit le contraste typographique à l’aide d’espacement entre les caractères :

Um zu helfen, muss man zuvor ein gewisses Recht haben, und hat man das nicht, nun dann : “Crevez, chiens si vous n’êtes pas contents!” (Dostojewskij 1882 II : 56) Om te helpen moet men een zeker recht hebben en heeft men dat niet, dan, in Godsnaam: C r e v e z,   c h i e n s,   s i   v o u s  n ’ ê te s  p a s  c o n t e n t s ! ” (Dostojewsky 1885 II : 43)

(2) Tout en maintenant à la lettre une hétéroglossie donnée, le traducteur peut décider de laisser tomber le contraste typographique. Si l’écriture du texte-cible se prête à une conservation naturelle du contraste typographique, ce procédé n’atteindra pas un degré maximal d’adéquation. Dans la traduction allemande suivante du fragment du Joueur, contraste typographique est annulé. On peut croire qu’en conséquence, l’effet hétérolinguistique original est affaibli. Cependant, pour Suchet (2009: 37) il s’agit là d’une question de balance: ‘si un emprunt surbalisé a de fortes chances de n’être pas intégré au concert polyphonique du texte, un emprunt parfaitement assimilé ne fait pas entendre davantage une autre voix’.

Я начал с десяти гульденов и опять с passe.  (Dostoïevski 1973 V : 321) Ich fing mit zehn Gulden an und letzte auf Passe. (Dostojewski 1980 : 274)

(3) Dans le cas où le traducteur décide de préserver l’hétéroglossie littéralement, avec ou sans contraste typographique, il peut y ajouter une traduction supplémentaire sous forme de commentaire dans le texte du narrateur, ou dans une note en bas de page. Ce dernier procédé est par exemple choisi par Bienstock et Torquet dans leur traduction des Frères Karamazow. Ainsi, ils ont rendu l’hétéroglossie « An die Freude! »  (Dostoïevski 1973 XIV : 98) comme « An die freude [sic]», avec dans une note en bas de page la traduction « A la joie » (Dostoïevski 1906 : 68).

(4) Un autre procédé possible est celui, moins adéquat, qui consiste à reprendre l’hétéroglossie à traduire en forme modifiée. Le texte hétérolinguistique peut être raccourci, élargi ou réécrit.

Sprich französisch mit mir, parlez-moi français. (Dostojewskij 1882 III: 119) spreek fransch met mij, parle-moi en français. (Dostojewsky 1885 III : 95)

(5) Si le traducteur décide de ne pas reprendre l’hétéroglossie, ni en forme originale, ni en forme modifiée, mais bien de la traduire dans la langue-cible, il lui est toujours possible de suggérer au lecteur qu’il s’agit d’hétérolinguisme. Ceci se fait soit de manière implicite en mettant les mots soi-disant hétérolinguistiques en caractères italiques, soit de manière explicite en ajoutant un commentaire dans une note ou dans le texte du narrateur. Dans l’exemple suivant, le traducteur allemand a opté pour le dernier :

– Madame la baronne, – проговорил я отчетливо вслух. (Dostoïevski 1973 V : 234)  “Frau Baronin,” sagte ich absichtlich laut auf französisch. (Dostojewski 1890 : 74)

(6) L’effet hétérolinguistique disparaît entièrement dans le cas où l’hétéroglossie est traduite dans la langue-cible sans aucune suggestion compensative – ni implicite, ni explicite – à propos du caractère hétérolinguistique des mots en question. Ce procédé a été mis en œuvre dans la traduction allemande suivante d’un fragment du Joueur :

Вас спасло, что вы объявили себя варваром и еретиком, – заметил, усмехаясь, французик. – «Cela n’était pas si bête» (Dostoïevski 1973 V : 211) “Dass Sie sich selbst als Barbar und Ketzer bezeichneten, das hat Sie gerettet,” bemerkte der Franzos, “das war gar nicht so dumm!”   (Dostojewski 1890 : 11)

(7) Pour finir, la neutralisation la plus drastique d’une hétéroglossie consiste à la supprimer, sans la moindre compensation.

Les procédés énumérés ci-dessus concernent tous la traduction d’hétérolinguisme dans une autre langue que celle de l’hétéroglossie en question. Cependant, s’il faut traduire en français un texte russe contenant des hétéroglossies françaises, un problème important surgit : si l’hétéroglossie est tout simplement maintenue, elle perd automatiquement son statut hétérolinguistique. Une des manières les plus adéquates de « rapatrier » une hétéroglossie par voie de traduction est donc de signaler supplémentairement son statut hétérolinguistique au lecteur. Ceci peut se faire soit en mettant l’hétéroglossie en italiques, soit en ajoutant une note en bas de page du type «en français dans le texte». Néanmoins, Procenko (2005 : 126) remarque à juste titre que ces procédés ne suffisent guère à préserver les fonctions littéraires auxquelles Dostoïevski avait prédestiné ses hétéroglossies.

3.2. Traduire le langage écorché : reproduction ou standardisation ?

Plus compliquée et moins prédictible que la traduction d’hétérolinguisme est la traduction du langage écorché dostoïevskien, par exemple des allochtones. Si le traducteur désire le préserver plutôt que de le standardiser, il lui faut une certaine connaissance de linguistique comparative. Plus exactement, après avoir analysé le langage estropié de l’original, le traducteur pourra le reproduire dans la langue-cible en violant dans une certaine mesure ses règles de grammaire et d’orthographie – ceci en fonction des différences entre la langue maternelle des personnages concernés et la langue-cible. Concernant les procédés aptes à suggérer tel ou tel accent étranger, Vlachov et Florin (1986 : 329) notent aussi l’importance de la tradition littéraire.

Extrêmement problématique, par contre, est le « rapatriement » du langage roué des migrants. Comment traduire en allemand les dialogues pseudo- ou semi-russes des personnages Allemands de Dostoïevski ? Certes, l’on pourrait au moins signaler au lecteur que leur maîtrise de la langue russe laisse à désirer, en ajoutant dans le texte du narrateur un commentaire du type « dit-il dans un russe barbouillé » ou « cria-t-il avec un accent allemand ridicule ». Cependant, l’effet satirique d’une telle explicitation n’est point équivalent à celui de l’original.

4. Etude descriptive de l’hétérolinguisme et du langage écorché dans les traductions néerlandaises de Dostoïevski d’avant-guerre 

Dans les études de réception traditionnelles sur Dostoïevski, ses traductions n’ont reçu qu’une attention passagère et non systématique. Partant de l’observation d’Even-Zohar (1978 : 45) selon laquelle les traductions jouent pourtant un rôle primordial dans la cristallisation d’un auteur donné dans la littérature réceptive, le projet de recherche auquel cet article est lié, portant sur la réception néerlandaise de Dostoïevski de 1881 jusqu’à 1914, se concentre sur ses traductions. Les premiers traducteurs néerlandais ayant traduit Dostoïevski indirectement, le corpus des traductions est entre autres composé de 9 textes-source russes et 11 textes-cible néerlandais, ainsi que de 4 traductions intermédiaires françaises et 8 traductions intermédiaires allemandes. Le volet traductologique de cette recherche vise à divulguer et interpréter les glissements macrostructuraux et microtextuels dans les traductions de Dostoïevski.[11] Au niveau micro-textuel, cette étude descriptive se focalise entre autres sur la manière dont le langage écorché et l’hétérolinguisme de Dostoïevski ont été traduits. Dans le corpus donné, la traduction de ce dernier phénomène a été étudiée de façon exhaustive.[12]

4.1. Glissements constatés

 En ce qui concerne le langage baragouiné des personnages étrangers de Dostoïevski, il résulte que dans les traductions néerlandaises du corpus de recherche, il a été standardisé de façon systématique, en règle générale sans compensation pour la perte de l’effet satirique. Il faut mentionner que dans la plupart des cas la standardisation était effectuée par le traducteur intermédiaire allemand ou français, mais dans les rares cas où il restait encore des vestiges d’un langage tripatouillé dans la traduction intermédiaire, le traducteur néerlandais s’est efforcé à rendre tout l’énoncé en néerlandais standard.

Les hétéroglossies dostoïevskiennes, par contre, ont été traduites avec plus de variation. Cependant, en général l’on peut constater une nette tendance vers la neutralisation de l’hétérolinguisme, aux moyens des procédés (6) et (7), respectivement la naturalisation absolue et l’omission de l’hétéroglossie.[13] Dans trois textes-cible néerlandais, notamment Arme Nelly, Uit het doodenhuis et Witte nachten, aucune hétéroglossie n’a survécu telle quelle à la traduction du russe au néerlandais – éventuellement en passant par l’allemand.[14] Dans De gebroeders Karamazow, traduction faite à base de deux traductions françaises,[15] des centaines d’hétéroglossies de l’original russe seulement une douzaine ont survécu telles quelles. Notamment la langue polonaise, marquant le discours ridicule des personnages polonais, a complétement disparu du roman lors de la traduction du russe en néerlandais, en passant par le français. Dans quatre textes-cible néerlandais, c’est-à-dire De speler, De echtgenoot, De onderaardsche geest et De misleide, entre 50 et 80% des hétéroglossies originales ont été neutralisées. Dans seulement deux textes-cible néerlandais, moins de 40% (mais toujours plus de 25%) des hétéroglossies ont été neutralisées : Uit Siberië et Schuld en boete. De plus, même dans le cas où les hétéroglossies n’ont pas été neutralisées, leur traduction n’est pas toujours la plus adéquate possible : sauf aux procédés (1), (2) et (3), maintenant l’hétéroglossie littéralement, les traducteurs intermédiaires et néerlandais ont fréquemment recouru aux procédés (4) et (5), visant une maintenance respectivement modifiée et suggérée de l’hétérolinguisme. Il faut aussi noter que l’emploi de tel ou tel procédé semble dépendre entre autres de la langue de l’hétéroglossie en question. Ainsi, tous les traducteurs ont fait preuve d’une tolérance-zéro vis-à-vis des langues soi-disant exotiques ; de la langue polonaise, ukrainienne, lesghienne et tartare, aucune hétéroglossie n’a été conservée telle quelle.

Vu que les premières traductions néerlandaises de Dostoïevski sont toutes (sauf une) des traductions de deuxième main, il est logique que la neutralisation de son hétérolinguisme relève aussi d’une responsabilité partagée entre, d’une part, les traducteurs allemands et français et, d’autre part, les traducteurs néerlandais. Ne pouvant pas lire le russe, ces derniers ne savaient même pas dans quelle la mesure le langage dostoïevskien était hétéroglossique. Ceci dit, là où l’hétérolinguisme était encore présent dans les traductions intermédiaires, la plupart des traducteurs néerlandais ont toutefois renforcé sa neutralisation en adoptant à maintes reprises les procédés (6) et (7).

Prenons l’exemple extrême mais tout de même symptomatique du texte-cible Arme Nelly. Dans la traduction intermédiaire Erniedrigte und Beleidigte, environ 29% des hétéroglossies du texte-source russe Humiliés et offensés ont disparu en conséquence de coupures (7) et 44% ont été neutralisées par voie de naturalisation (6). Le traducteur néerlandais, à son tour, a effectué de nombreuses coupures (7) suite auxquelles encore 24% des hétéroglossies originelles ont disparu. L’hétérolinguisme subsistant, chiffré à 3%, a entièrement été naturalisé par le traducteur néerlandais (6). De cette manière, aucune hétéroglossie de l’original n’a survécu au transfert de la littérature russe à la littérature néerlandaise.

4.2. Effets littéraires

Evidemment, la standardisation du langage écorché et la neutralisation des hétéroglossies affectent fortement la manière dont le texte littéraire est mentalement construit par le lecteur ainsi que les effets qu’il engendre. Le personnage russo-allemand barbouillant à propos d’un chien décédé « можно кароши сделать шушель »[16] (Dostoïevski 1973 III : 175), perd sur-le-champ une bonne partie de sa ridiculité si cet énoncé est rendu en allemand standard comme « Mann kann ihn ausstopfen » (Dostojewski 1890 : 8), ou en néerlandais standard comme « Als ik u was, zou ik hem laten opzetten »[17] (Dostojewsky 1891 : 11). La neutralisation des hétéroglossies fonctionnede la même manière. Par exemple dans Humiliés et offensés, le docteur montre subtilement son irritation à propos de la conduite outrecuidante de Nelly, sa petite patiente, en l’appelant en français « mademoiselle » (Dostoïevski 1973 III : 381). Ce terme d’adresse français étant traduit en néerlandais dans Arme Nelly comme « beste meid »[18] (Dostojewsky 1891 : 128), la nuance d’ironie est dissipée. Les Russo-Allemands du même roman s’écriant l’un à l’autre « вас-фюр-эйне-гешихте ! »[19] (Dostoïevski 1973 III : 175),  deviennent moins étrangers et étranges dans la traduction allemande et néerlandaise, où leur exclamation collective est traduite respectivement comme « Eine merkwürdige Geschichte ! » (Dostojewski 1890 : 9) et « Dat is me een rare historie ! »[20] (Dostojewsky 1891 : 12) – sans note au lecteur allemand ou néerlandais qu’il s’agissait dans le texte-source d’une hétéroglossie.

Les effets littéraires de la standardisation du langage roué et la neutralisation de l’hétérolinguisme concernent en effet tout d’abord les personnages, qui deviennent moins diversifiés, voire plus égaux. Notamment les notions d’ironie, d’érudition, de snobisme se perdent. Défaits de leur langage estropié entrelardé d’hétéroglossies, les étrangers et les minorités ethniques sont plus difficilement reconnaisables tels quels, et moins risibles. Plus généralement parlant, le texte littéraire perd une grande partie de son caractère étonnant, de sa dynamique ainsi que de son humour. En standardisant systématiquement le langage écorché et en neutralisant considérablement l’hétérolinguisme de Dostoïevski, les premiers traducteurs allemands, français et néerlandais ont contribué à la construction d’un Dostoïevski sensiblement plus monophonique que celui que Bachtin appréciait pour sa polyphonie. D’ailleurs, ces observations ne concernent que la réception allemande, française et néerlandaise de Dostoïevski, attendu que ses premières traductions allemandes et françaises ont joué un rôle pivot dans la réception de Dostoïevski au sein de nombreuses littératures de l’Europe occidentale – dans le sens où elles ont été utilisées comme traductions intermédiaires.

4.3. Causes sous-jacentes

Pour conclure cet article, il reste à tenter d’expliquer la standardisation du langage tripatouillé et la neutralisation de l’hétérolinguisme dostoïevskiens. Ayant constaté que l’hétérolinguisme français a disparu d’une traduction allemande de Guerre et paix faite par L.A. Hauff – un traducteur allemand qui a aussi fait plusieurs traductions de Dostoïevski – Bogaert (2006 : 139) remarque que ceci peut s’expliquer « aussi bien par le choix [personnel] du traducteur que par des facteurs extratextuels ». Plus particulièrement, il suggère que les relations diplomatiques entre l’Allemagne et la France au seuil de la Grande Guerre ont poussé le traducteur à contenir la langue française. Cependant, si l’on examine l’œuvre du traducteur Hauff – d’ailleurs déjà actif plusieurs décennies avant la Grande Guerre –, on constate qu’il montre peu de tolérance envers les hétéroglossies en général, qu’elles soient en français ou dans une autre langue. Au demeurant, l’hypothèse de Bogaert semble ne pas suffisamment tenir compte de l’autonomie relative de la littérature.

En effet, si les premiers traducteurs occidentaux de Dostoïevski ont neutralisé l’hétérolinguisme et standardisé le langage baragouiné, ceci concerne avant tout la pratique littéraire, dans sa dimension technique ainsi que dans sa dimension socioculturelle. Sur le plan technique, deux explications sont évidentes. Tout d’abord, une banale négligence du traducteur vis-à-vis de l’observation et la reproduction des hétéroglossies. D’autre part, les difficultés antérieurement mentionnées de « rapatrier » l’hétérolinguisme et le langage écorché.

Sur le plan socioculturel, les glissements observés s’expliquent par le conflit entre les normes littéraires de la forme et du contenu des différents systèmes polysystémiques, à savoir d’une part la littérature russe et d’autre part les littératures allemande, française et néerlandaise. Il est clair que la remarquable tolérance russe envers l’emploi de langues étrangères et de langages écorchés était largement absente dans les littératures de l’Europe occidentale d’avant-guerre. Pour ce qui est du contenu, si l’on prend en considération que dans l’Europe occidentale d’avant 1918, Dostoïevski n’avait pas encore le prestige littéraire dont il jouit de nos jours, il est par exemple compréhensible que les traducteurs allemands se soient avérés réticents à traduire adéquatement sa moquerie sur ses personnages allemands. Ainsi, la standardisation systématique du langage écorché et la neutralisation à grande échelle des hétéroglossies de Dostoïevski constituaient des tentatives simples et efficaces de rendre l’auteur russe plus acceptable aux yeux de son lectorat occidental. De fait, comme il ressort d’une analyse de la critique littéraire française, allemande et néerlandse (Boulogne 2011), dans une première instance, c’était pour sa philanthropie chrétienne et sa psychologie plutôt que pour son style polyphonique ou sa satire que l’auteur russe était apprécié en Occident.

Bibliographie

Œuvres primaires[21]  

Dostoïevski, F.M. 1973. Polnoe sobranie sočinenij v tridcati tomach. Chudožestvennye proizvedenija. Toma I-XVIII. Leningrad: Nauka.

Tolstoï, L.N. 1937. Polnoe sobranie sočinenij. Tom 9. Vojna i mir. Tom pervyj. Moskva : Chudožestvennaja literatura.

Œuvres secondaires

Bogaert, Maarten. 2006. “A la recherche de la traduction convenable. Oorlog en Vrede in het Nederlands”. Waegemans, Emmanuel (red.). De taal van Peter de Grote. Russisch-Nederlandse contacten en contrasten. Leuven-Voorburg: Acco. pp. 133-144.

Boulogne, Pieter. 2008. “The Early Dutch Construction of F.M. Dostoevskij: From Translational Data to Polysystemic Working Hypotheses”. In Boulogne, Pieter (ed.). Translation and Its Others. Selected Papers of the CETRA Seminar in Translation Studies 2007. http://www.kuleuven.be/cetra/papers/papers.html. Consulté le 22 juin 2011

Boulogne, Pieter. 2009. ‘The French Influence in the Early Dutch Reception of F.M. Dostoevsky’s Brat’ja Karamazovy.’ In Babel.The International Journal of Translation. 55:3. John Benjamins Publishing Company. p. 264-284.

Boulogne, Pieter. 2011. Het temmen van de Scyth. De vroege Nederlandse receptie van F.M. Dostoevskij. Pegasus Oost-Europese Studies 17. Amsterdam: Pegasus.

Bachtin, Michail. 1963. Problemy poetiki Dostoevskogo.

Even-Zohar, Itamar. 1990. “The Position of Translated Literature within the Literary Polysystem”. Poetics Today 11:1. Polysystem Studies. Tel Aviv: The Porter Institute for Poetics and Semiotics – Durham: Duke University Press. Pp. 45-51

Grutman, Rainier. 1997. Formes et fonctions de l’hétérolinguisme dans la littérature québécoise entre 1837 et 1899. Université de Montréal.

Delabastita, Dirk & Grutman, Rainier. 2005. “Fictional representations of multilingualism and translation”. Delabastita, Dirk & Grutman, Rainier (ed.). Linguistica Antverpiensia. Nr. 4. Pp. 11-34.

Meylaerts, Reine. 2006. “Heterolingualism in/and translation. How legitimate are the Other and his/her language? An introduction”. Target. 18:1. Pp. 1-15.

Polianskaia, Ludmila. 2000. “Le français chez les écrivains russes”. Felici, Isabelle (ed.).  Bilinguisme. Enrichissements et conflits. Paris : Honoré Champion. Pp. 263-266.

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Suchet, Myriam. 2009. Outils pour une traduction postcoloniale: Littératures hétérolingues. Paris: Editions des archives contemporaines.

Téléchova, Raïssa. 2000. “Le lexique franco-russe dans les œuvres littéraires de deux pays”. Felici, Isabelle (ed.). Bilinguisme. Enrichissements et conflits. Paris: Honoré Champion. Pp. 267-271.

Vlachov, Sergej & Florin, Sider. 1986. Neperevodimoe v perevode. Moskva: Vysšaja škola.

Weinreich, Max. 1945. “Der YIVO un di problemen fun undzer tsayt”. YIVO-bleter. 25:1. Pp. 3-18.

Notes

[1] Dans cet article, les titres des œuvres secondaires russes, ainsi que les noms de leurs auteurs seront transcrits en accordance avec ISO. Les noms des auteurs littéraires russes, par contre, seront translitérés phonétiquement. Les titres de leurs œuvres seront traduits en français dans le texte, mais scientifiquement transcrits dans la bibliographie. Quant au yiddish, il est translitéré en caractères latins dans le texte ainsi que dans la bibliographie.

[2] Colloque international tenu à Louvain en mai 2009.

[3] Traduction : « Une langue est un dialecte avec une armée de terre et une marine. »

[4] Il va sans dire que les emprunts fixés et linguistiquement assimilés constituent une catégorie à part.

[5] Traduction : « Eh bien, que feras-tu, si je te prends avec? D’abord, je veux cinquante mille francs. Tu me les donneras à Francfort. Nous allons à Paris; on y vivra ensemble et je te ferai voir des étoiles en plein jour. Tu verras de telles femmes, que tu n’a jamais vues. Ecoute… »

[6] Traduction : « Evidemment, je ne suis qu’un « outchitel » [précepteur] et je n’ai jamais prétendu à l’honneur d’être un ami intime de cette maison. »

[7] Traduction dénotative :  « Que je sois ainsi. Peut-être galeux, mais riche ; j’ai des kopecks. »

[8] Essai de libre traduction:  « Aber, herr Schulz wous a prié avec application ne pas le déwisagieren. »

[9] Pour plus de précisions sur les images de l’Allemand dans la littérature russe classique en général et dans l’œuvre de Dostoïevski en particulier, se reporter à Boulogne (2011).

[10] Dans cet exemple, ainsi que dans les suivants, l’écriture gothique est suggérée par des caractères italiques.

[11] Pour une présentation très générale du projet de recherche sur la réception néerlandaise de Dostoïevski d’avant-guerre, cf. Boulogne (2008). La thèse de doctorat en question a récemment été publiée, cf. Boulogne (2011).

[12] Sauf toutes les hétéroglossies dostoïevskiennes traduites dans des notes en bas de page dans l’édition académique, bon nombre d’autres hétéroglossies, rencontrées lors de la lecture des œuvres concernés, ont aussi été prises en considération.

[13] Il faut noter que l’omission d’hétérolinguisme apparaît souvent en conséquence d’une grande coupure. Dans ce cas, il n’est pas clair dans quelle mesure il s’agit d’une omission d’hétérolinguisme voulue ou soi-disant latérale.

[14] La traduction Arme menschen, pourtant incluse dans le corpus de recherche, n’est pas mentionnée ici pour la simple et bonne raison que le texte-source russe correspondant, Pauvres gens, ne contient aucune hétéroglossie.

[15] De gebroeders Karamazow est un amalgame de la belle infidèle Les frères Karamazov (1888) de Halpérine-Kaminksy et Morice et de la traduction macrostructurellement plus adéquate Les frères Karamazov (1906) de Bienstock et Torquet. Cf. Boulogne (2009).

[16] Essai de libre traduction : « On pfeut bien l’empfaillieren. »

[17] Traduction : « Si j’étais à votre place, je le ferais empailler. »

[18] Traduction: « chère fille »

[19] Transcription française : « vas-fjour-eine-gechikhte ! »

[20] Traduction : « Me voilà une drôle d’histoire ! »

[21] Pour les références bibliographiques des traductions allemandes, néerlandaises et françaises mentionnées dans cet article, se reporter à la bibliographie de Boulogne (2008 ou 2011).

[Article publié dans: La revue canadienne de littérature comparée. 39: 1 (March 2012). pp. 47-62.]

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